Jusqu’à trois trimestres de retraite en plus pour récompenser des années passées à répondre aux alertes, souvent la nuit, en marge d’un métier principal : voilà la reconnaissance concrète qui vient enfin de prendre effet pour les sapeurs-pompiers volontaires. Annoncée en début d’année, la mesure attendait un dernier feu vert administratif pour entrer en application. C’est désormais chose faite depuis cet été, grâce à la publication de la circulaire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav). Une avancée qui va changer la donne pour des dizaines de milliers de bénévoles du feu, dont l’engagement pèse lourd dans le fonctionnement quotidien des secours en France.
Une reconnaissance attendue : des trimestres offerts selon la durée d’engagement
Le principe est simple et gradué : plus l’engagement a duré, plus la majoration est généreuse. Concrètement, le dispositif prévoit un trimestre à partir de 10 ans d’engagement, deux trimestres à partir de 20 ans et trois trimestres au-delà de 25 ans. Une échelle qui reconnaît la fidélité à l’uniforme, sachant que la grande majorité des soldats du feu en France sont… des volontaires. Ils représentent près de 80 % des effectifs opérationnels et interviennent en marge de leur activité professionnelle principale, souvent sur leur temps libre, y compris les week-ends et jours fériés. Cette majoration s’inscrit dans le décret du « portant diverses mesures relatives aux sapeurs-pompiers volontaires et aux sapeurs-pompiers professionnels », publié en début d’année par le ministère de l’Intérieur. Restait à en préciser les modalités pratiques : c’est le rôle de la circulaire Cnav parue au cœur de l’été, qui permet aux Carsat de traiter enfin les dossiers.
Qui peut en bénéficier, et à partir de quand ?
Attention, tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne. La circulaire est claire : la mesure s’applique aux retraites prenant effet à compter du 1er juillet 2026. Autrement dit, pas d’effet rétroactif pour les anciens volontaires déjà partis à la retraite, même s’ils ont cumulé 30 ou 40 ans d’engagement au sein d’un centre de secours. Une déception pour certains, un signal fort pour ceux qui s’apprêtent à raccrocher le casque. Côté démarches, il faudra fournir un état des services établi par le dernier service départemental d’incendie et de secours (SDIS) dans lequel le pompier a été engagé. Ce document devra préciser la durée et la période exactes de l’engagement en tant que sapeur-pompier volontaire. Un justificatif indispensable pour que la Carsat puisse calculer la majoration et l’intégrer au dossier retraite. Voici un récapitulatif clair du barème :
| Durée d’engagement | Trimestres supplémentaires |
|---|---|
| À partir de 10 ans | 1 trimestre |
| À partir de 20 ans | 2 trimestres |
| Au-delà de 25 ans | 3 trimestres |
Ce que ça change concrètement (et une subtilité à ne pas négliger)
Ces trimestres ne sont pas anodins : ils viennent gonfler la durée d’assurance retenue pour le calcul de la pension. Résultat, ils peuvent réduire, voire supprimer la décote pour ceux qui n’auraient pas tout à fait atteint le nombre de trimestres requis, et améliorer le taux de calcul de la retraite ainsi que la durée de proratisation. Une bouffée d’air financière bienvenue, surtout dans un contexte où chaque trimestre compte. Attention toutefois à une subtilité de taille : ces trimestres ne sont ni cotisés, ni réputés cotisés. Traduction pour les non-initiés : ils n’ouvrent pas la porte à un départ anticipé pour carrière longue. Impossible donc de les utiliser pour partir avant l’âge légal. Autre précision technique : les trimestres de majoration ne sont pas affectés à des années civiles déterminées ; ils s’ajoutent simplement à la durée d’assurance globale à l’Assurance retraite. Un coup de pouce réel, donc, mais qui joue davantage sur le montant de la pension que sur la date du départ.
Cette mesure vient combler une attente ancienne des acteurs du volontariat, qui réclamaient depuis longtemps une reconnaissance tangible pour un engagement dont la valeur dépasse largement la seule statistique. Reste à voir si ce geste suffira à enrayer la baisse tendancielle des vocations, alors que les SDIS peinent à recruter dans plusieurs départements. Une piste à surveiller de près : et si demain, cette logique de trimestres bonifiés inspirait d’autres formes d’engagement citoyen ?

