Relevé de carrière et relevé de points Agirc-Arrco : deux documents que beaucoup confondent, et pourtant. Le premier concerne le régime général, le second la retraite complémentaire du secteur privé, celle qui vient s’ajouter à la pension de base. Or c’est précisément ce second document, souvent relégué au fond d’un tiroir numérique, qui vient de faire trembler des dizaines de milliers de foyers. Une erreur de calcul, révélée après un croisement inédit de fichiers entre l’Agirc-Arrco et la Direction générale des Finances publiques, a privé certains retraités d’une partie de leur pension, parfois plusieurs milliers d’euros. Un audit d’ampleur a été lancé sur 100 000 dossiers jugés à risque. Et surprise : certains parcours professionnels sont bien plus exposés que d’autres à ce genre d’anomalie.

Pourquoi vos points Agirc-Arrco méritent une vérification urgente

Sur les 14 millions de retraités affiliés à l’Agirc-Arrco, 100 000 dossiers ont été identifiés comme potentiellement erronés. Un chiffre qui paraît minoritaire à l’échelle du régime, mais qui cache des sommes colossales : environ 850 millions d’euros de rappels pourraient être versés, soit une moyenne de 8 700 euros par personne concernée. Une étude interne présentée au conseil d’administration évoquait près de 12 000 personnes clairement lésées, pour environ 69 millions d’euros, et 86 000 autres dossiers présentant une probabilité forte d’erreur, pour près de 778 millions d’euros. Une source interne a depuis relativisé ces chiffres, jugeant cette estimation obsolète et assurant que les 10 000 à 12 000 dossiers présentant un doute sérieux sont désormais traités. Concrètement, début juin, près de 30 000 retraités ont déjà reçu un rappel directement sur leur compte bancaire. De quoi comprendre pourquoi, en cette rentrée, tant de retraités se pressent pour consulter leur espace personnel en ligne. D’autant que ce dossier tombe dans un contexte déjà tendu : les pensions Agirc-Arrco n’ont pas été revalorisées cette année, faute d’accord entre le patronat et les syndicats.

Ces trois parcours où l’erreur se cache le plus souvent

Premier profil dans le viseur : les polypensionnés, ceux qui ont multiplié les postes, les secteurs ou les employeurs au fil de leur carrière. Chaque nouvel emploi génère de nouveaux droits à points, parfois collectés auprès de caisses différentes selon les périodes. Plus les allers-retours entre employeurs sont nombreux, plus le risque d’oubli ou de doublon dans la reconstitution du relevé augmente. Une période mal transmise, un employeur qui a mal déclaré, et c’est tout le calcul final qui se retrouve faussé. Ce n’est pas un hasard si 1 pension sur 9 comporterait une erreur selon la Cour des comptes : les carrières linéaires, effectuées du début à la fin dans une seule entreprise, sont statistiquement bien moins exposées à ce type de trou dans la raquette.

Deuxième catégorie particulièrement touchée : les personnes ayant connu une ou plusieurs périodes de chômage indemnisé. En théorie, ces mois sans emploi donnent droit à des points de retraite complémentaire, financés par l’Assurance chômage. En pratique, la transmission des informations entre France Travail et l’Agirc-Arrco n’est pas toujours parfaite. Un changement d’organisme, une interruption administrative, et la période peut tout simplement disparaître du calcul final. Le sujet n’a rien d’anodin : même le montant de la retraite pour les personnes ayant traversé le chômage dépend directement de la bonne prise en compte de ces trimestres. Une omission de quelques mois seulement peut se traduire par une perte réelle sur la pension mensuelle.

Troisième profil à surveiller de près : les assurés ayant changé de caisse de retraite complémentaire en cours de carrière, souvent à la suite d’une mobilité professionnelle ou d’une fusion d’entreprise. Ce cas de figure est un terrain particulièrement fertile pour les erreurs. Quand un dossier passe d’une caisse à une autre, il arrive que des points ne soient pas correctement transférés, ou que la reconstitution du parcours contienne des trous. C’est exactement ce type de faille qui explique certains montants anormalement bas révélés dans ce dossier. Un mécanisme proche existe également du côté des pensions de réversion, où une erreur méconnue peut coûter jusqu’à 1 500 euros par mois à des milliers de personnes divorcées. La logique reste la même : un changement de situation administrative mal suivi finit par peser lourd sur le montant final.

Autrement dit, l’erreur de calcul de l’Agirc-Arrco touche en priorité les polypensionnés, les carrières hachées et les périodes de chômage mal transmises. Trois profils qui, mis bout à bout, concernent une grande partie des actifs français d’aujourd’hui.

Carrières fragmentées, chômage, multi-employeurs : ce qu’il faut retenir avant de partir à la retraite

Voici un tableau récapitulatif pour identifier rapidement son niveau d’exposition au risque :

ProfilOrigine du risque
PolypensionnésPoints collectés auprès de plusieurs caisses, risque d’oubli ou de doublon
Chômage indemniséMauvaise transmission entre France Travail et l’Agirc-Arrco
Changement de caissePoints mal transférés lors du passage d’une caisse à une autre

Face à ce constat, la bonne nouvelle reste que la vérification est accessible en quelques clics, via l’espace personnel en ligne de l’Agirc-Arrco. Il suffit de comparer les périodes d’emploi et de chômage déclarées avec les points effectivement enregistrés. En cas de doute, mieux vaut ne pas attendre le départ à la retraite pour réagir : plus l’anomalie est signalée tôt, plus la régularisation est simple. L’Agirc-Arrco a d’ailleurs indiqué vouloir contacter directement les personnes identifiées comme lésées, mais rien n’empêche d’anticiper et de vérifier soi-même sa situation dès maintenant, notamment pour celles et ceux dont la carrière a connu des changements d’employeur, des périodes sans emploi ou des transferts de caisse.

Entre carrières de plus en plus morcelées, mobilité professionnelle accrue et passages par la case chômage devenus presque banals, ce sont finalement des millions de Français qui pourraient un jour se reconnaître dans l’un de ces trois profils. Alors, plutôt que d’attendre un courrier ou un virement surprise, pourquoi ne pas prendre quelques minutes pour consulter son propre relevé de points dès aujourd’hui ?

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