Non, le chéquier n’est pas près de disparaître des tiroirs français du jour au lendemain. Mais à l’autre bout du monde, une date est déjà gravée dans le marbre administratif : le 30 juin 2028, l’Australie tirera un trait définitif sur ce moyen de paiement. De quoi donner un petit coup de chaud à celles et ceux qui, comme beaucoup de locataires, continuent de dégainer leur chéquier chaque premier du mois pour régler leur loyer. Le dernier rapport de la Banque de France, publié en 2025, éclaire d’un jour nouveau ce qui pourrait bien attendre le chèque en France, entre déclin accéléré et révélations chiffrées sur son coût réel.
- L'Australie interdira définitivement l'émission de chèques à partir du 30 juin 2028, une pratique déjà suivie par la Finlande, les Pays-Bas et le Danemark.
- En France, le nombre de chèques émis a chuté de 61 % depuis 2018, ne représentant plus que 1,9 % des paiements hors cash en 2025 contre 20 % en 2008.
- Le chèque affiche un taux de fraude 6 à 10 fois supérieur aux autres moyens de paiement, concentrant 19 % du montant total de la fraude en France malgré son faible usage.
L’Australie tire un trait sur le chèque : la fin programmée pour 2028
La décision a été actée fin 2024 par le gouvernement australien : à compter du 30 juin 2028, plus aucun chèque ne pourra être émis, ni par les particuliers ni par les entreprises. Un choix qui peut surprendre, mais qui s’appuie sur des chiffres sans appel. En 2022 et 2023, le chèque ne représentait déjà plus que 0,1 % des paiements hors espèces dans le pays, avec un déclin d’environ 20 % par an depuis dix ans. Autrement dit, l’Australie n’a fait qu’entériner une mort clinique déjà bien avancée. Le pays n’est d’ailleurs pas un pionnier en la matière : la Finlande a supprimé le chèque dès 1993, les Pays-Bas en 2001, puis le Danemark en 2017. Une tendance de fond qui traverse les économies développées, chacune à son propre rythme.
En France, un déclin à contretemps : pourquoi le chèque résiste encore
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le chèque reste un moyen de paiement parfaitement légal en France, et rien n’indique à ce jour qu’une suppression pure et simple soit à l’ordre du jour. Pourtant, les chiffres du rapport 2025 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, adossé à la Banque de France, montrent un recul spectaculaire : le nombre de chèques émis a chuté de 61 % depuis 2018, soit environ 13 % de moins chaque année. La pandémie de Covid a porté un coup particulièrement rude à ce moyen de paiement, avec un décrochage de 26 % rien qu’en 2020, un niveau jamais retrouvé depuis. En 2025, le chèque ne pèse plus que 1,9 % des paiements hors cash en France, contre 20 % en 2008. Un effondrement, certes, mais qui reste bien plus lent que dans d’autres pays occidentaux.
Comment expliquer cette résistance toute française ? La réponse tient en un mot : la gratuité. La loi interdit en effet aux banques de facturer l’usage du chèque à leurs clients, contrairement à d’autres services bancaires. Résultat, ce moyen de paiement continue d’avoir la cote pour certains usages précis. En 2024, ce sont tout de même 674 millions de chèques qui ont été émis en France, soit plus de 11 par personne majeure et par an, pour un montant total de 331 milliards d’euros. De quoi relativiser l’idée d’une disparition imminente, même si la tendance de fond ne trompe pas.
| Indicateur | Chiffre |
| Baisse du nombre de chèques depuis 2018 | -61 % |
| Part du chèque dans les paiements hors cash (2025) | 1,9 % |
| Chèques émis en 2024 | 674 millions |
| Montant total en 2024 | 331 milliards d’euros |
Fraude, incidents bancaires : ce que révèle vraiment le dernier rapport de la Banque de France
C’est sans doute la partie la plus édifiante du rapport. Le chèque affiche un taux de fraude de 69 euros pour 100 000 euros de paiement, un score qui donne le tournis quand on le compare aux autres moyens de règlement : plus de 6 fois celui de la carte bancaire, 7 fois celui du paiement mobile et 10 fois celui du virement en ligne. Autrement dit, même si son usage recule fortement, le risque de fraude reste disproportionné lorsqu’il est utilisé. Le constat est sans appel : alors que le chèque ne représente que 1,9 % des paiements hors cash, il concentre à lui seul 19 % du montant total de la fraude en France.
Au-delà de la fraude, le chèque cumule les défauts structurels : absence de contrôle du solde au moment de l’émission, encaissement souvent différé de plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Autant de failles qui peuvent transformer un simple oubli en incident de paiement, avec à la clé des frais bancaires salés, voire une interdiction bancaire pour les cas les plus sérieux. Un chèque émis sans provision suffisante ne pardonne pas. Ce sont d’ailleurs les banques elles-mêmes, chargées de distribuer les chéquiers, qui auraient tout à gagner d’une disparition progressive de ce moyen de paiement coûteux et risqué à gérer.
Le tableau est donc contrasté. D’un côté, l’Australie a choisi de couper court en fixant une date butoir claire, dans la continuité de la Finlande, des Pays-Bas et du Danemark. De l’autre, la France maintient un chèque gratuit, encore largement utilisé, malgré un déclin de plus de 60 % en sept ans. Reste que les chiffres de fraude et d’incidents révélés par la Banque de France posent une question de fond : jusqu’à quand ce moyen de paiement, à la fois pratique et fragile, restera-t-il toléré dans le paysage bancaire français ?

