Accepter un poste à temps partiel payé au salaire minimum, c’est souvent une solution par défaut, le temps de retrouver mieux ou de jongler avec d’autres contraintes. Beaucoup de salariés dans cette situation ont pu se sentir isolés, presque marginaux, face à des collègues mieux rémunérés ou à temps plein. Pourtant, les chiffres publiés par la Dares sur les bénéficiaires de la revalorisation du Smic au 1er janvier 2026 viennent rappeler une réalité plus large qu’on ne l’imagine. Cette étude détaille précisément quels salariés sont rémunérés au salaire minimum ou s’en rapprochent fortement, et les résultats dessinent des profils bien identifiables, loin de l’exception isolée que l’on pourrait croire.
- Au 1er janvier 2026, le Smic horaire brut passe à 12,02 euros, et 11,8 % des salariés du privé non agricole sont concernés par cette revalorisation.
- Les salariés à temps partiel, les femmes et les employés de très petites entreprises sont nettement surreprésentés parmi les bénéficiaires du Smic.
- Certains secteurs comme la restauration rapide (62,3 %) ou les services à la personne (53,8 %) comptent une forte proportion de salariés au Smic, contrairement à la banque, l'assurance ou la métallurgie.
Le Smic en 2026 : une revalorisation qui touche moins de salariés qu’avant
Au 1er janvier 2026, le Smic brut horaire a été revalorisé de 1,2 %, atteignant désormais 12,02 euros. Une hausse qui, mécaniquement, profite à tous les salariés rémunérés au niveau du salaire minimum ou juste au-dessus. Selon la Dares, 2,1 millions de salariés du secteur privé non agricole sont directement concernés par cette revalorisation, ce qui représente 11,8 % de l’ensemble des salariés. Un chiffre en léger recul par rapport au 1er novembre 2024, date de la précédente revalorisation, où la proportion atteignait 12,4 %. Autrement dit, le Smic concerne un peu moins de monde qu’il y a deux ans, même si la population reste substantielle. Il faut d’ailleurs préciser que mesurer le nombre exact de salariés payés pile au Smic reste un exercice délicat, faute de données suffisamment fines. C’est pourquoi la Dares privilégie une approche différente : elle observe plutôt qui bénéficie concrètement de la revalorisation, ce qui permet d’englober aussi des salariés payés légèrement au-dessus du Smic, certains éléments de rémunération n’entrant pas dans l’assiette de calcul. Autre donnée intéressante, la part des salariés dont l’entreprise applique une convention de branche non conforme au Smic s’élève à 2,5 % à la veille du 1er janvier 2026, contre 2,8 % au 31 octobre 2024. Une proportion en légère baisse, même si elle n’est pas encore à zéro.
Temps partiel, femmes, petites entreprises : les profils les plus concernés par le salaire minimum
Si le Smic touche moins de salariés globalement, certains profils restent nettement surreprésentés. Le temps partiel arrive en tête des facteurs déterminants : 25,6 % des salariés à temps partiel bénéficient de la revalorisation, contre seulement 8,8 % pour les salariés à temps complet. Un écart qui ne surprendra personne tant le temps partiel reste souvent synonyme de rémunération plus modeste, voire de précarité. Autre constat marquant, les femmes sont largement surreprésentées parmi les bénéficiaires de la hausse, puisqu’elles représentent environ 60 % des salariés concernés. Un chiffre qui souligne la surreprésentation des femmes parmi les bénéficiaires de cette revalorisation. La taille de l’entreprise joue également un rôle déterminant. Dans les structures de 1 à 9 salariés, 21,9 % des employés sont concernés par le Smic, contre seulement 9,5 % dans les entreprises plus grandes. Le contraste est encore plus frappant lorsqu’on isole les entreprises à un seul salarié, où la proportion grimpe à 25,4 %, contre 6,6 % seulement dans les entreprises de 500 salariés ou plus. Ces données confirment que la taille de l’entreprise reste un facteur déterminant dans l’exposition au Smic.
Restauration rapide, services à la personne, commerce : des secteurs où le Smic reste la norme
Au-delà du profil individuel, c’est aussi le secteur d’activité qui détermine largement la probabilité d’être rémunéré au Smic. Les disparités entre branches sont particulièrement marquées, comme le montre ce tableau récapitulatif.
| Secteur d’activité | Part des salariés concernés par le Smic |
|---|---|
| Restauration rapide | 62,3 % |
| Services à la personne (entreprises) | 53,8 % |
| Commerce principalement alimentaire | 31,7 % |
Dans la restauration rapide, plus de six salariés sur dix sont donc concernés par le salaire minimum, un secteur où le Smic constitue presque la norme plutôt que l’exception. À l’inverse, dix regroupements de branches affichent moins de 5 % de bénéficiaires, notamment les banques et assurances, la métallurgie et la sidérurgie, les professions juridiques et comptables, le verre et les matériaux de construction, ou encore la chimie et la pharmacie. Dans le secteur financier par exemple, 76,9 % des salariés occupent des postes de cadres ou de professions intermédiaires, des statuts généralement peu concernés par le Smic, ce qui explique naturellement cette faible proportion. Ces écarts entre secteurs rappellent que le salaire minimum n’est pas une problématique uniforme, mais bien structurée par des logiques économiques et sociales propres à chaque branche d’activité.
Ces chiffres de la Dares viennent donc confirmer ce que beaucoup pressentaient sans toujours en avoir la preuve chiffrée : être payé au Smic en temps partiel n’est pas une situation marginale, mais un vécu partagé par des millions de salariés, souvent des femmes, souvent dans de petites structures, souvent dans des secteurs comme la restauration rapide ou les services à la personne. Loin d’être une fatalité isolée, cette réalité s’inscrit dans des logiques économiques bien identifiées, qui méritent d’être connues pour mieux comprendre les enjeux du pouvoir d’achat en France.

