Un avantage fiscal vieux de près de cinquante ans pourrait disparaître du jour au lendemain, et ce sont des millions de retraités qui le sentiraient passer dès leur prochaine déclaration de revenus. Depuis la fin de l’été, le gouvernement prépare les esprits : les pensions seront mises à contribution dans le prochain budget, histoire de combler un déficit public qui ne cesse de se creuser. L’an dernier déjà, l’exécutif avait tenté le coup avant de reculer sous la pression politique. Cette fois, la détermination semble plus franche. Dans la balance : un gel partiel des pensions ou la suppression pure et simple de l’abattement de 10 % appliqué sur les retraites. Voici ce que cette dernière piste changerait concrètement, et pourquoi tout le monde ne serait pas logé à la même enseigne.

À retenir
  • L'abattement fiscal de 10 % sur les pensions, en vigueur depuis 1978 et coûtant environ 6 milliards d'euros par an, pourrait être supprimé dans le budget 2027, en alternative à un gel partiel des retraites.
  • Sans cet abattement, la pension brute serait intégralement imposable, mais grâce au mécanisme de la décote, les petites pensions resteraient probablement non imposées tandis que d'autres basculeraient dans l'imposition.
  • L'impact varierait fortement selon les revenus, avec par exemple une hausse estimée à environ 71 euros par an pour une pension de 1 500 euros contre environ 1 332 euros pour une pension de 4 000 euros, sans compter l'effet indirect sur le revenu fiscal de référence et l'accès à certaines aides.

La fin annoncée de l’abattement de 10 % sur les pensions

Depuis 1978, chaque pension imposable bénéficie automatiquement d’une déduction de 10 % avant le calcul de l’impôt. Concrètement, l’administration fiscale ne retient pas la totalité des sommes perçues : elle applique un abattement encadré par un plancher et un plafond. Pour les revenus 2025 déclarés en 2026, ce montant s’étale entre 454 euros minimum par personne et 4 439 euros maximum par foyer fiscal. Un retraité qui touche 24 000 euros de pension sur l’année voit ainsi son revenu imposable ramené à 21 600 euros, un geste fiscal loin d’être anodin.

Mais cet avantage, régulièrement remis en question depuis plusieurs années, coûte chaque année environ 6 milliards d’euros aux finances publiques selon le ministère des Comptes publics. Une somme jugée difficile à justifier dans un contexte de dette record. Cette piste est désormais mise en balance avec une autre option : l’indexation des retraites sur l’inflation, qui pèserait sensiblement le même montant dans les comptes de l’État. Bercy l’assume sans détour : l’une des deux mesures sera retenue pour le budget 2027, reste simplement à trancher laquelle. La mesure avait d’ailleurs déjà été votée l’an dernier, via une transformation de l’abattement en forfait moins avantageux, avant d’être retirée dans la foulée d’un recours au 49.3.

Ce que le nouveau mode de calcul va changer pour la déclaration

Concrètement, si l’abattement disparaît, la déclaration de pension ne se fera plus de la même façon. Fini la déduction automatique de 10 % : la pension brute serait intégralement retenue comme revenu imposable. Cela ne signifie pas pour autant que chaque retraité paierait mécaniquement 10 % d’impôt supplémentaire. Le revenu additionnel reste soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, ce qui rend l’impact très variable d’un foyer à l’autre.

Il faut aussi compter avec le mécanisme de la décote, qui protège les plus petits revenus en annulant ou en réduisant l’impôt théorique. Pour l’imposition 2026, le seuil de mise en recouvrement se situe autour de 17 596 euros de revenu net imposable pour une personne seule, et environ 32 869 euros pour un couple. En tenant compte d’une inflation de 2 %, ces seuils pourraient grimper légèrement en 2027. Résultat : les pensions les plus modestes continueraient probablement d’échapper à l’impôt, même sans abattement, tandis que d’autres basculeraient pour la première fois dans la case imposable.

Des conséquences très inégales selon le montant de la pension

C’est là que l’affaire se corse. Selon des estimations basées sur un barème 2027 projeté, l’impact de la suppression varie fortement selon le niveau de pension. Un retraité percevant 1 200 euros par mois ne verrait, dans la plupart des cas, aucune hausse d’impôt grâce à la décote. Mais dès 1 500 euros mensuels, certains retraités jusque-là non imposables pourraient le devenir, avec un montant certes modeste, mais qui peut faire perdre l’accès à certaines aides.

Pension mensuelleHausse d’impôt estimée par an
1 200 eurosaucune hausse
1 500 eurosenviron 71 euros
2 000 eurosenviron 383 euros
3 000 eurosenviron 1 080 euros
4 000 eurosenviron 1 332 euros
5 000 eurosenviron 1 332 euros

Au-delà de 4 000 euros mensuels, le plafond de l’abattement joue déjà à plein, ce qui limite la progression de la hausse d’impôt en valeur absolue. Autrement dit, ce ne sont pas forcément les plus hautes pensions qui subiraient la plus forte hausse proportionnelle. Un retraité situé juste au-dessus du seuil d’imposition pourrait ressentir un effort bien plus lourd sur son niveau de vie qu’un foyer aisé qui verrait sa facture grimper de plusieurs centaines d’euros sans réel bouleversement de son budget.

Autre effet moins visible mais tout aussi réel : la déclaration de revenus sert aussi à calculer le revenu fiscal de référence, utilisé pour déterminer l’accès à de nombreuses aides, notamment au logement, ainsi que le taux de CSG applicable. Une suppression de l’abattement ferait mécaniquement grimper ce revenu de référence, même pour des retraités qui ne deviendraient pas imposables. Résultat possible : une perte de pouvoir d’achat indirecte, parfois plus marquée pour les retraités modestes que pour les ménages aisés.

Entre gel des pensions et suppression de l’abattement, l’exécutif joue donc une partie serrée où chaque option pèse sensiblement le même poids budgétaire, mais touche des publics différents. Une chose semble acquise : la déclaration de pension telle qu’elle existe depuis près de cinquante ans vit peut-être ses derniers mois. Reste à savoir laquelle des deux mesures sera finalement retenue, et surtout, comment les retraités concernés ajusteront leur budget face à ce changement de règles du jeu.

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