Pourquoi de plus en plus de pompiers volontaires vérifient leur relevé après ce cap précis de 10 ans
Précision utile avant d’entrer dans le vif du sujet : la mesure évoquée ici concerne uniquement les sapeurs-pompiers volontaires (SPV), et non leurs collègues professionnels ou militaires. Alors que les feux de forêt mobilisent massivement les casernes en ce début du mois d’août, une nouveauté réglementaire commence à faire du bruit dans les rangs. Discrète, presque passée inaperçue au milieu de l’actualité brûlante, elle vient pourtant récompenser un engagement souvent invisible. Résultat : dans les vestiaires comme dans les salles de repos, un même réflexe gagne du terrain : sortir son relevé de carrière et vérifier, ligne par ligne, ce qui a été pris en compte. Et pour cause, un cap d’ancienneté bien précis change désormais la donne au moment de partir à la retraite.
Une réforme discrète qui change la donne pour les soldats du feu bénévoles
Contrairement aux sapeurs-pompiers professionnels, qui relèvent de la fonction publique territoriale, et à ceux de la brigade de Paris ou du bataillon des marins-pompiers de Marseille, qui ont un statut militaire, les volontaires ne perçoivent pas de rémunération à proprement parler. Ils touchent une indemnité, laquelle n’est pas soumise aux charges sociales, cotisations vieillesse comprises. Autrement dit, jusqu’ici, leur engagement, aussi risqué soit-il, ne leur ouvrait aucun droit à la retraite. Un comble quand on sait qu’ils représentent environ 80 % des effectifs de pompiers dans l’Hexagone. La réforme des retraites de 2023 a fini par corriger cette anomalie, avec une bonification spécifique qui vient d’être rendue pleinement opérationnelle par une circulaire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse. Concrètement, la majoration s’applique aux pensions liquidées à compter du 1er juillet dernier, ce qui explique pourquoi le sujet devient soudain très concret pour ceux qui préparent leur départ.
Dix ans, vingt ans, vingt-cinq ans : le barème qui fait grimper les trimestres
Le mécanisme est simple, et c’est probablement ce qui le rend efficace. La bonification s’active dès qu’un seuil d’ancienneté est franchi, avec un barème progressif. Voici ce que prévoit le décret publié au Journal officiel :
- Au moins 10 ans d’engagement : 1 trimestre supplémentaire
- Au moins 20 ans d’engagement : 2 trimestres supplémentaires
- Au moins 25 ans d’engagement : 3 trimestres supplémentaires
Ces trimestres sont intégrés directement dans la durée d’assurance, ce fameux compteur qui oscille aujourd’hui entre 166 et 172 trimestres selon l’année de naissance. Ils permettent donc de réduire, voire d’effacer une éventuelle décote (une minoration de 1,25 % par trimestre manquant) et, dans le meilleur des cas, de décrocher une surcote (une majoration de 1,25 % par trimestre travaillé en plus). Attention cependant à un détail qui a son importance : cette bonification n’ouvre pas la porte à un départ anticipé avant l’âge minimum légal, fixé entre 62 et 64 ans selon la date de naissance. Elle joue sur le montant final, pas sur le calendrier. La mesure est prise en compte par la quasi-totalité des régimes : l’Assurance retraite, la MSA, le Service des retraites de l’État, la CNRACL et les régimes spéciaux type SNCF, EDF ou RATP. Seul absent notable au tableau : les professions libérales, dont la caisse n’est pour l’instant pas concernée.
Ce qu’il faut vérifier sur son relevé de carrière avant de liquider sa pension
Voilà le nerf de la guerre : la bonification n’est pas attribuée automatiquement. Pour en bénéficier, le pompier volontaire doit fournir, au moment de sa demande de retraite, un état des services délivré par le dernier service départemental d’incendie et de secours (SDIS) où il a servi. Ce document doit mentionner précisément la durée et la période de son engagement. Sans ce justificatif, pas de trimestres bonus. D’où l’intérêt d’anticiper largement, en demandant l’attestation avant même de constituer son dossier retraite. Autre point à surveiller : les relevés de carrière disponibles sur les espaces personnels des caisses ne font pas toujours apparaître ces trimestres tant que la demande n’a pas été déposée avec les pièces requises. Un petit récapitulatif pour y voir clair :
- Ancienneté SPV : vérifier qu’elle atteint bien 10, 20 ou 25 ans révolus
- État des services : demander le document au SDIS concerné
- Régime de rattachement : s’assurer qu’il fait partie des caisses éligibles
- Date de liquidation : elle doit être postérieure au 1er juillet dernier
En clair, cette bonification vient enfin donner une traduction concrète à un engagement qui, pendant des décennies, n’existait quasiment pas aux yeux des caisses de retraite. Un ou trois trimestres, cela peut sembler modeste, mais rapporté à une pension calculée au trimestre près, l’impact financier n’est pas anodin sur toute la durée de la retraite. Reste une question : cette reconnaissance ira-t-elle un jour plus loin, avec par exemple un dispositif comparable pour les bénévoles d’autres secteurs essentiels, comme la protection civile ou le secours en montagne ?



