Un arrêt maladie prolongé peut, sans que l’on s’en doute, grignoter plusieurs années de cotisations retraite et faire fondre la pension future de plusieurs milliers d’euros. C’est exactement ce qu’a découvert un salarié en fin de carrière, persuadé que ses indemnités journalières viendraient gonfler son salaire annuel moyen. Après plusieurs mois d’arrêt et 9 000 € d’indemnités perçues, la désillusion a été brutale au moment de consulter son relevé de carrière. Un cas loin d’être isolé, puisque la confusion entre indemnisation et salaire cotisé touche de nombreux actifs en ce moment, en pleine période où les arrêts de longue durée se multiplient avec l’automne et son lot de virus saisonniers.
- Les indemnités journalières maladie ne génèrent aucune cotisation retraite et n'entrent donc pas dans le calcul du salaire annuel moyen.
- Un trimestre de retraite est tout de même validé tous les 60 jours d'indemnisation, et des points Agirc-Arrco peuvent être acquis au-delà de cette durée.
- Les fonctionnaires en congé de longue maladie ne subissent, eux, aucun impact sur le calcul de leur retraite.
9 000 € touchés, mais une mauvaise surprise au moment du calcul
Pendant plusieurs mois d’arrêt maladie, ce salarié a perçu des indemnités journalières de sécurité sociale, versées par l’Assurance Maladie pour compenser la perte de revenus. Au total, la somme encaissée s’élève à 9 000 €, de quoi tenir le coup financièrement sans trop de stress. Logiquement, il imaginait que cette somme viendrait s’ajouter à ses revenus de l’année dans le calcul de sa future pension, comme n’importe quel salaire perçu. Mauvaise pioche : au moment de recevoir son relevé de carrière, aucune trace de ces 9 000 € dans le calcul du salaire annuel moyen, cet indicateur clé qui sert de base au calcul de la retraite de base. Pire encore, l’année de l’arrêt maladie apparaît comme une année aux revenus particulièrement faibles, ce qui peut tirer la moyenne vers le bas si elle fait partie des années retenues pour le calcul.
Pourquoi les indemnités journalières n’entrent pas dans le salaire annuel moyen
La raison est simple, même si elle reste méconnue du grand public : aucune cotisation d’assurance vieillesse n’est prélevée sur les indemnités journalières de sécurité sociale. Or, pour qu’un revenu compte dans le calcul du salaire annuel moyen, il doit obligatoirement avoir généré des cotisations retraite. Les indemnités journalières, qui correspondent généralement à 50 % du salaire journalier de référence calculé sur les trois derniers mois précédant l’arrêt, échappent donc totalement à ce calcul. Concrètement, cela signifie que les 25 meilleures années de salaire, retenues pour déterminer la pension de base, ne tiennent aucun compte des sommes perçues pendant l’arrêt. Si l’arrêt maladie survient durant une période de revenus habituellement élevés, l’impact peut être sensible sur le montant final de la pension.
Il existe toutefois une bonne nouvelle, qui tempère un peu cette mauvaise surprise : les périodes d’arrêt maladie permettent de valider des trimestres de retraite, à raison d’un trimestre pour chaque période de 60 jours d’indemnisation. Cette règle s’applique de la même façon aux assurés souffrant d’une affection de longue durée (ALD). Du côté de la retraite complémentaire Agirc-Arrco, l’acquisition de points reste aussi possible, mais uniquement si l’arrêt dépasse 60 jours consécutifs avec perception d’indemnités journalières. Autrement dit, la durée d’assurance est préservée, mais le montant de la pension, lui, peut rester fragilisé.
Un tableau permet d’y voir plus clair sur ce qui est concerné ou non par cette règle :
| Élément | Impact sur la retraite |
|---|---|
| Indemnités journalières maladie | Non prises en compte dans le salaire annuel moyen |
| Trimestres de retraite (régime général) | Validés tous les 60 jours d’indemnisation |
| Points Agirc-Arrco | Acquis si arrêt de plus de 60 jours consécutifs |
| Fonctionnaires en congé longue maladie | Aucun impact sur le calcul de la retraite |
Un détail mérite aussi d’être souligné : cette règle concerne aussi bien les salariés du régime général que les travailleurs indépendants. En revanche, la situation diffère nettement pour les fonctionnaires, pour qui le temps passé en congé de longue maladie reste sans effet sur le calcul de leur retraite, un régime bien plus protecteur sur ce point précis.
Ce qu’il faut retenir pour ne pas se faire piéger comme ce salarié
Pour éviter une mauvaise surprise au moment du départ à la retraite, mieux vaut garder en tête quelques repères simples. D’abord, retenir que les indemnités journalières maladie ne comptent pas dans le salaire annuel moyen, quelle que soit la somme perçue pendant l’arrêt. Ensuite, surveiller la durée de l’arrêt : en dessous de 60 jours, aucun trimestre n’est validé, ni aucun point de retraite complémentaire acquis. Enfin, il est utile de vérifier régulièrement son relevé de carrière sur le site de l’Assurance Retraite, afin de repérer d’éventuelles années creuses liées à un arrêt maladie prolongé.
- Vérifier son relevé de carrière après chaque arrêt maladie long
- Comptabiliser la durée exacte de l’arrêt pour anticiper les trimestres validés
- Se renseigner sur les règles spécifiques en cas d’ALD
- Ne pas confondre indemnisation perçue et salaire cotisé
À titre d’information, le plafond des indemnités journalières a d’ailleurs évolué récemment, sous l’effet de la revalorisation du SMIC : il est passé à 42,97 euros bruts par jour depuis juillet 2026, contre 41,95 euros entre février et juin de la même année. Une hausse qui améliore le quotidien pendant l’arrêt, mais qui ne change rien à la règle de fond concernant le calcul de la pension.
Entre validation de trimestres préservée et salaire annuel moyen inchangé, l’arrêt maladie reste donc un terrain à double tranchant pour la future retraite. Mieux vaut le savoir avant de voir son relevé de carrière, plutôt qu’après, comme cela a été le cas pour ce salarié convaincu d’avoir mis de côté de quoi sécuriser sa pension. Alors, à l’approche de l’hiver et de ses inévitables arrêts de travail, ne serait-il pas judicieux de jeter un œil à son relevé de carrière dès maintenant ?

